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Le sabot de Vénus : une seule issue, le SEXE.


Pour fêter la sortie du nouvel épisode de Curieuse nature sur la thématique de la sexualité des plantes à fleurs, Éléa du Plantoscope s'invite sur le blog pour un billet doux à propos de l'orchidée qu'elle incarne pendant la vidéo : le Sabot de Vénus. Allez, avant de lire tout ça, prenez 10 minutes de votre temps pour visualiser l'épisode qui vous permettra de bien mieux savourer la suite !

Alors, c'était bien ? Pas trop choqués ? Je laisse à présent la parole à Éléa, ex chercheuse en biologie et vulgarisatrice des plantes, qui prendra soin de vous le temps de ce doux billet.


Vous avez probablement déjà vu cette fleur, dans un jardin botanique ou dans un magasin de jardinage. Le Sabot de Vénus. Ce nom commun désigne plusieurs orchidées remarquables de la sous-famille des Cypripedioideae, comptant elle-même 5 genres : les Paphiopedilum (92 espèces) les Cypripedium (52 espèces), les Phragmipedium (26 espèces), les Selenipedium (5 espèces) et Mexipedium xerophyticum, seul représentant de son genre. (1)

Paphiopedilum tranlienianum

Aujourd’hui, ce sont les Paphiopedilum qui nous intéressent, puisque ce n’est autre que le protagoniste de la vidéo de Marie. Ce nom de genre a été proposé par un botaniste allemand, Ernst Hugo Heinrich Pfitzer (1846-1906). Il signifie “sandale d’Aphrodite” et se compose de “Paphos”, une ville grecque où fût édifié un sanctuaire à Aphrodite, et “pedilum” signifiant sandale.

Toutes les espèces de ce genre ont à peu près la même méthode de pollinisation, malgré leur diversité de tailles, d’habitats et de morphologie. Pour se féconder, elles ont besoin de la contribution d’insectes pour déplacer le pollen des anthères (partie mâle) jusqu’au stigmate (partie femelle). Les organes sexuels sont cachés à l’extérieur par une sorte de couvercle appelé le staminode. Si vous avez besoin d’un petit rappel sur la morphologie basique d’une fleur, rendez-vous dans cet article.

Chez les orchidées, le pétale inférieur (labelle) prend toutes sortes de formes et sert d’ordinaire de piste d'atterrissage pour les pollinisateurs. Mais dans cette famille, le labelle est en forme de grosse poche. Ces fleurs comprennent également deux pétales latéraux, les “ailes” qui sont souvent très colorées, ainsi qu’un sépale dorsal qui complète le tout. Il existe toute une variété de formes chez les Paphiopedilum, ainsi que de nombreuses variétés horticoles qui sont désormais commercialisées.

L’ensemble de la fleur est suffisamment attractif pour que les insectes s’approchent… mais cela ne suffit pas. Plutôt que d’offrir du nectar en échange d’une visite, la plante va plutôt dégager une odeur attrayante et tromper les insectes grâce à des astuces visuelles. Chez les Paphiopedilum, on utilise des couleurs vertes, marrons, des rayures, des pois et des bordures à frange. Ces caractéristiques attirent plutôt des mouches de la famille des Syrphideae. Certains staminodes comportent des rugosités brillantes qui ressemblent, de loin, à des colonies de pucerons exsudant du miellat. Une substance dont les mouches raffolent.


Paphiopedilum villosum

Pour d’autres espèces comme Paphiopedilum micranthum, les couleurs sont plutôt jaune vif, rose et blanc. Des signaux visuels qui ont plutôt tendance à attirer des abeilles.


Paphiopedilum micranthum

Une fois que l’insecte est tombé dans le piège, il n’y a plus rien à faire : les parois sont trop glissantes pour s’échapper et certaines espèces, cousines des Paphiopedilum comme les Coryanthes sécrètent même un liquide suffisamment visqueux pour empêcher les insectes de voler. La seule issue est de passer le long d’une colonne recouverte de poils, et de grimper comme sur une échelle vers deux minuscules sorties, de part et d’autre de la fleur. Petite démonstration en vidéo :


Sur le chemin, l’insecte va rencontrer le stigmate femelle, puis plus haut les pollinies, les sacs de pollen. Si l’ouverture est suffisamment étroite, ces sacs de pollen vont se fixer sur son dos et l’insecte les emportera vers une autre fleur, qu’il pourra alors polliniser en remontant le long de cette cheminée qui aurait de quoi nous rendre claustrophobes. Pour résumer le mécanisme, un petit schéma :


Schéma par ©Le plantoscope/Éléa Herberlé

Ce mécanisme signifie que le pollinisateur doit être parfaitement adapté à la morphologie de la plante : trop petit, il passera dans le tunnel sans emporter les pollinies. Trop gros, il restera coincé dans l’ouverture et mourra à l’intérieur du labelle. Chaque espèce a sa propre spécialisation, certaines étant visitées par une seule espèce d’insectes, d’autres par plusieurs espèces différentes. Une stratégie machiavélique sans récompense pour les pauvres insectes, dont la seule issue est le sexe !


Et encore plus fascinant : si les visiteurs viennent à manquer, certaines espèces sont prévues pour s’auto-féconder. Sur cet exemple, on observe les organes sexuels de Paphiopedilum parishii. Les anthères sont d’abord bien en hauteur, loin de la partie femelle. Si la fécondation par un insecte n’a pas lieu, l’anthère se liquéfie et le pollen vient se déverser sur les bords du stigmate. Le tour est joué même en l’absence d’aide ! (2)

Pour découvrir plus de stratégies insolites de pollinisation chez les plantes à fleurs, rendez-vous dans cet article.

Pour aller plus loin :

1. Pemberton, R. W. Pollination of slipper orchids (cypripedioideae): a review. Lankesteriana (2013) doi:10.15517/lank.v0i0.11539.

2. Chen, L.-J. et al. The Anther Steps onto the Stigma for Self-Fertilization in a Slipper Orchid. PloS one 7, e37478 (2012). (DOI : 10.1371/journal.pone.0037478)


Pour des photos détaillées de dissection de sabot de Vénus, rendez-vous sur le site du Meyers Conservatory.

Foncez voir la travail d'Eléa sur son site : https://leplantoscope.fr/

Son Twitter : https://twitter.com/plantoscope


Ma chaine Youtube pour plus de nature insolite : https://www.youtube.com/channel/UCg6ex3inSHm-O1R7QfOnd6A

À très bientôt ! Marie


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