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  • Marie

Pourquoi la fiction/vulgarisation?

Ou les confessions d'une jeune collégienne nulle en sciences.

Le premier épisode du format "Juste par curiosité" vient de sortir ! Cette vidéo vient compléter l'épisode 1 de fiction où je déambulais dans Paris avec Charles Darwin. Ce qui me permet aujourd'hui de vous parler plus en détails de mes motivations artistiques, et de faire un petit point avec vous tous sur mes pensées.


Image tirée du dernier épisode Juste par Curiosité, le monde après Darwin?


Ce format permet de remettre du contexte scientifique d'actualité dans le thème de la vidéo précédente. J'ai souhaité y laisser un fil de fiction, pour laisser l'imaginaire et la curiosité de chacun vagabonder au grés des images. Je m'explique. Vous avez été plusieurs a être "surpris" du concept de la chaîne : un univers de fiction, pour parler de vulgarisation, c'est un peu une chimère, c'est vrai. Mais pourquoi faire ça au final ? Depuis que je suis enfant, je me raconte des histoires, j'écris, j'agrémente mon quotidien d'idées et d'images farfelues, et j'y saupoudre un peu de magie. Au collège, en SVT, en physique, en maths, j'étais la plus sombre des quiches. Mais vraiment, genre. J'y comprenais rien, et les profs me tambourinaient le crâne à me dire que j'étais un cas désespéré. Un charmant prof particulier de maths à un jour dit à ma mère je cite "qu'à part être secrétaire, votre fille ne sera vouée à rien". Un brave type. Et au passage sympa pour les secrétaires tsais. Mais si c'était le cas, si j'étais effectivement ce cas désespéré, quel mécanisme mystérieux m'animait alors au quotidien, à dévorer des livres de sciences pour enfants, à courir après les papillons, faire des élevages de mouches en cachette dans ma chambre (oui oui, et un jour, elles se sont échappées, ma mère a failli me tuer) ou regarder les paramécies au microscope dans la plus profonde des extases ? Je pense que le cas est despesperé lorsque la curiosité n'est plus. Et c'était très, mais alors très très loin d'être mon cas.


Le microscope de mon enfance, tel un trophée dans mon salon.



Toute cette nature environnante me nourrissait au quotidien, tout en restant nulle à l'école dans les matières scientifiques, et me débrouillant plutôt pas mal dans celles littéraires et artistiques. En sixième, j'ai découvert Bernard Werber, avec l'Empire des Anges au CDI, je trouvais la 4ème de couverture un peu étrange. S'en est suivie une nuit blanche de lecture effrénée, et le lendemain j'ai demandé à faire un exposé sur le bouquin à ma prof de français, et sur la reincarnation après la mort et la science (#profunpeusceptique, #enfantde12anschelou). Et j'ai dévoré par la suite ces livres qui m'ont beaucoup frappé dans ma jeunesse: Les fourmis, toujours de Werber. Je me suis rendue compte à cette époque combien la fiction était puissante pour apprendre des faits scientifiques, mêmes si ces derniers ne sont pas toujours d'une justesse scientifique incroyable, ils suscitent l'envie de s'y intéresser, stimulent l'imagination, et ça c'est à mes yeux une vraie prouesse extraordinaire. Après ces bouquins, j'ai acheté une fourmilière et je suis devenue du genre tarée de cette espèce, ça me fascinait, et je me suis intéressée à leur mode de vie jusqu'à les connaître sur le bout des doigts. Et puis ça donne un genre de recul face à sa propre espèce.



Les fourmis, de Bernard Werber


Mon père, cinéphile dans l'âme, mon montrait des films d'animation hypers bizarres : Gandahar, Les maîtres du temps et La planète sauvage, de René Laloux, Le Roi et l'Oiseau de Paul Grimault, puis de jolis Miyazaki, avec Mon voisin Totoro, Le voyage de Chihiro, Princesse Monoké ... Tous ces films me chuchotant un fort amour de la Terre et de la biologie au travers de fiction fortes et spirituelles, dans des paysages imaginaires et colorés, parfois angoissants. Au fil de ces fictions, ma vision du monde devenait différente. La fiction incarne des visions imaginaires soulignant à mes yeux la puissance du réel. Elle offre un filtre unique sur la réalité. Après avoir regardé par exemple Chihiro, vous ne regarderez jamais pareil la forêt japonaise, ou le concept de culture animiste. Et ce principe de fiction m'a aidé, finalement, à être plus sensible au monde.



De gauche à droite en partant du haut : Gandahar, Les maîtres du temps, Le voyage de Chihiro, La planète sauvage, Le Roi et l'oiseau, Princesse Mononoké. À l'école, dans les livres de SVT j'étais écoeurée par les formulations austères (à mon goût, d'autres semblaient s'en sortir très bien), j'y comprenais rien. Et c'était frustrant parce qu'en vrai : ça m'intéressait tellement ! J'étais celle avec les plus mauvaises notes, mais celle qui était la plus vive en cours, à lever la main pour poser des questions, et à hurler de joie lors de la dissection d'un épiderme d'oignon. Au fil de ma vie, j'ai rencontré des personnes, qui me racontaient des histoires simples et rigolotes pour illustrer des propos de science hyper compliqués. C'est pas sorcier! incarnait clairement ces types de récits aussi dans notre jeunesse, et c'est pour ça que ça plaisait à n'importe quel enfant, scientifique ou littéraire. Au Palais de la découverte j'ai été subjugée par l'expérience de la cage de Faraday et les explications simples qui illustraient celle. Et à la Cité des Sciences et de l'industrie, expériences, démonstrations en live avec animateurs pour enfants savaient comment captiver les petits avec un story telling leur parlant simplement. C'est là que j'ai compris qu'au travers de simples analogies, on pouvait refaire le monde. Que la science, dans ses définitions pures et ses termes complexes mais au combien nécessaires évidemment, pouvait aussi être expliquée simplement lorsqu'on maitrisait bien la vulgarisation. Et le pompon? Agrémenter d'humour ces récits.



La cage de Faraday au Palais de la découverte de Paris.

On a tous été fans de Il était une fois la vie, le dessin animé. Cette fiction, ces couleurs, ces personnages, nous on fait comprendre, en s'amusant, les fonctionnements les plus complexes du corps humain. S'amuser et intégrer des informations éducatives, quelle recette folle et puissante !


Il était une fois la vie, d'Albert Barillé Cette mécanique d'apprentissage est restée par la suite ma preferée. Mes résultats scolaires scientifiques sont restés catastrophiques jusqu'à mes cinq années après le bac, clairement. Mais j'étais celle qui racontait le mieux la reproduction des insectes en classe en faisant mourrir de rire les élèves, et leur laissant des images fortes et un peu débiles, mais au moins, il s'en souvenaient, et s'y intéressait. Voilà pourquoi, aujourd'hui, je suis persuadée que l'apprentissage doit se faire par l'amusement, et par l'imaginaire. Car, même si cette fiction ne délivre pas tous les rouages exacts d'une science ou d'une autre, elle sollicite la curiosité. L'envie. L'envie d'en savoir plus. Et cette envie doit naître dès le plus jeune âge, pour que chacun s'intéresse à la vie. Quoi de plus insupportable, à 16 ans, de devoir choisir entre des filières, de se coller des étiquettes de Littéraires, Scientifiques. On s'en fout en fait. Moi j'estime être une scientifique dans l'âme, et ça me plait. C'est tout ce qui compte à mes yeux. Aujourd'hui je n'ai aucune prétention à vouloir "apprendre" à délivrer des connaissances pures aux autres. Je veux juste être le médiateur entre la science et vous, pour vous donner l'étincelle qui vous permettra, je l'espère, de découvrir le monde de manière différente. C'est pour ça que je pars à la rencontre de personnes dont c'est le métier, car c'est à eux d'en parler, pas à moi. Cette ère de réseaux sociaux, qui tend vers l'individualisme, me terrorise un peu, parfois, je l'avoue. Genre je me tape des flips dans le métro à regarder les gens enfoncer leurs têtes dans leurs téléphones, des écouteurs sur les oreilles, comme si plus rien n'existait autour. Et je pense que la curiosité peut nous rapprocher, en ayant une vision différente des choses, et surtout en nous donnant envie de partager ce qu'on découvre aux autres. C'est un peu le mécanisme que je voulais utiliser dans ce format "Juste par curiosité". Agrémenter des informations sérieuses par des balades, des histoires humoristiques, des analogies, du dessins, des couleurs, des animaux, et de la magie bref : tout ce qui peut donner envie, à mes yeux. Rêvez, imaginez, découvrez, sans jamais vous arrêter, soyez boulimiques de la tête ! Aujourd'hui j'ai une seule envie : vous montrer comment la curiosité est une des plus nobles vertus de l'être humain, et que celle ci vous donnera envie de découvrir le monde et l'expérimenter, l'appréhender à votre propre manière !


Alors si tout à coup après cet épisode vous n'avez plus peur des pigeons dans la rue, mais que vous pensez au fait qu'ils sont à leur manière, intelligents et remplis de surprise, c'est tout gagné. Et si en plus vous parlez de cette anecdote à quelqu'un d'autre qui s'en amusera et qu'il y a transmission, alors là on peut carrément refaire le monde. J'espère que ce petit billet vous aura donné quelques lumières sur mes motivations et envies, et qu'il aura pû répondre à quelques unes de vos interrogations. N'hésitez pas à m'écrire ou me partager vos ressentis et expériences sur marie@laboiteacuriosites.fr !


Et n'oubliez pas : la curiosité n'est pas un vilain défaut ! L'épisode "Juste par curiosité" est dispo par ici :



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